Critiques

Place des Vosges, de Michel Braudeau

Braudeau raconte ses vingt ans au cœur de Paris, dans la foulée de Mai 68. Hélas, le livre Braudeauest superficiel, vantard, parsemé de name-dropping – un copain qui est allé chez Mick Jagger, puis Burroughs qui apparaît, l’appartement de Simenon juste au-dessus du sien dans le Marais, Jean-Edern Hallier, Cayrol, tel telquellien, et ainsi de suite. L’effort de mémoire est intéressant, mais la réflexion est légère.

Braudeau demandait un jour à Modiano dans sa chronique du Monde s’il allait enfin nous montrer ce qu’il avait dans le ventre. Celui de Braudeau lui-même reste un mystère opaque. C’est vrai qu’il était fort occupé, les plus belles filles lui tombaient toujours dans les bras (« Elle portait une paire de tennis roses, basses, menues, parfaites pour piétiner ce qu’il restait de raisonnable en moi. »).

Il a la plume aiguisée, quoique un peu précieuse et trop visiblement travaillée :

« Un peu de sa banquise intérieure s’était adoucie. »

« Les mots que l’on désire et attend détestent les préparatifs. » (laisse songeur…)

« [Il avait] un rire très court, un hoquet sarcastique, comme du gravier dans un arrosoir. »

« La plus mauvaise tactique pour un jeune célibataire de mon âge était de rechercher la sécurité, mère de l’angoisse. »

« … la vie et la mémoire m’ont joué quelques coups tordus, des pans entiers de souvenirs glissant dans un abîme invisible, entraînant des fêtes, des voyages, des maisons avec leurs occupants tous vivants aux fenêtres et me souriant, saluant de la main, dont je suis incapable de me rappeler le nom […] le travail du torchon de la mort déjà à l’œuvre dans la vie même. » (du Proust désespéré… ?)

En épigraphe, deux réflexions, de James Salter et d’André Breton (« Il doit y avoir quelque chose d’immense qui nous échappe. »). Comme souvent, les épigraphes sont hors propos et servent surtout de références pour rehausser la valeur du reste, comme dans un cv.

Peut-être qu’un des romans de Braudeau infirmerait ma méchante opinion. Pas ses Six excentriques en tout cas. On ne peut quand même pas changer tant que ça d’un livre à l’autre.

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