Notes de lecture

Hesse, Beigbeder et Matzneff

Dans son Premier Bilan après l’apocalypse, Beigbeder place Le loup des steppes parmi les 100 livres qu’il retient du 20e siècle (93e). Le roman a été écrit en 1927, ensuite interdit par les nazis, puis est devenu un livre culte dans les années 60. Il s’en vendait pendant un bout de temps jusqu’à 400 000 exemplaires par mois aux USA.Hesse.jpg

Aujourd’hui, la technique des récits enchâssés comme des poupées russes, les scènes surréalistes de la dernière partie  (ou psychédéliques ?), les traversées de miroirs et les conversations avec Goethe ou Mozart, sont un peu poussiéreuses. Mais Beigbeder a raison de souligner la force du livre, son caractère prophétique sans prétention – le roman parle de la « prochaine guerre », de l’antisémitisme – et le portrait imposant de Harry, le loup, à la fois rebelle et stoïque, mais qui va finir par changer. C’est le combat entre l’individu et la civilisation.

Dans le roman, Hesse maudit la radio qui venait d’être inventée parce qu’elle allait abrutir les masses et détruire la culture… pas Internet, la radio il y a cent ans ! Comme Harry ne veut rien savoir des communications de masse, de la musique tapageuse des cafés et des bars, de l’étalage de luxe, des grands événements culturels dans la vie urbaine, le livre garde son mordant.

Note en passant. J’ai été bien content de lire sur d’autres pages de son Bilan son éloge dithyrambique du prétendument sulfureux journal intime de Gabriel Matzneff (16e dans la liste), que j’ai beaucoup aimé, surtout les derniers tomes, les Carnets noirs et Mais la musique soudain s’est tue :

« Une des pièces maîtresses de ma bibliothèque. Il m’a appris à vivre, à lire et écrire … Matzneff a tout sacrifié à l’art et à l’amour. Aucun écrivain français vivant n’a autant de courage et de cohérence … Matzneff est l’auteur de quarante livres qui font honneur à la langue française. »

André Major, dans ses carnets, Prendre le large, lisant Le Taureau de Phalaris de Matzneff : « En sa compagnie, pas une seconde d’ennui. Cette écriture dense, sèche et précise, coule de source. Et elle vous lave l’esprit de l’espèce de rata jargonnesque et proprement indigeste que nous servent les patauds prosateurs médiatiques. Ne soyons pas injuste : il y a, ici et là, des plumes légères, qui ne grincent pas trop sur le papier. »

À rappeler sur Matzneff : un des premiers à s’être engagé pour les Palestiniens ; un des premiers à avoir dénoncé le goulag quand, au début des années 60, personne n’osait le faire. Mais un des premiers aussi à avoir applaudi à l’annexion de la Crimée par la Russie…

1 réflexion au sujet de “Hesse, Beigbeder et Matzneff”

  1. Pas de commentaire ! En voici un. Au risque de me répéter, je dirai encore une fois le plaisir que j’ai à lire ce qui se trouve dans ce blog. J’y apprends des choses (oui, c’est un peu vague, mais j’y reviendrai peut-être ailleurs, car je me promène çà et là dans ce blog où je vais de découverte en découverte : par exemple, mais c’est presque rien, je croyais que Mistral avait cessé d’écrire : j’apprends qu’il a récemment publié chez Boréal). Et Le loup des steppes, je devrais sans doute le relire. Et ce Matzneff, je n’étais pas certain d’avoir envie de le lire, ne l’ayant pas trouvé des plus agréables sur un plateau de télévision où une dame s’indignait, peut-être non sans raison, de sa conduite et de ses propos. Or Major parle de son écriture de manière convaincante.

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