Calepin

Voleur

Un voleur hier soir dans la librairie. Un type dans la trentaine, qui faisait un peu peur – visage ravagé, peau abîmée, yeux tuméfiés, et le blouson sale. J’étais à deux pas de lui quand il a glissé dans son blouson dézippé un livre dont le titre était quelque chose comme Le Miroir aux Assassins. Il a demandé assez fort, à la cantonade, qu’on lui indique où trouver « You-ce-nôrd ! », comme pour détourner l’attention, alors que s’il n’avait pas crié il serait passé tout à fait inaperçu, tellement on n’avait pas envie de le regarder. Il circulait vite entre les rayonnages, a subtilisé un autre livre. Il en avait maintenant au moins un sous chaque bras.

Il est sorti en gueulant, mais la voix éteinte, parce que le commis n’était pas allé lui montrer où étaient les « You-ce-nôrd ». Le commis, qui avait peut-être peur, a fait semblant de ne rien voir. Il y aurait eu du grabuge s’il l’avait sommé de rendre les livres.

Sur le trottoir, il marchait vite, se sauvait en ligne droite, les mains dans les poches de son blouson, les bras raides, les épaules rentrées comme des appuie-livres pour bien tenir sa bibliothèque volée, mais les jambes molles, l’air de quelqu’un de fatigué qui se remet d’une saoûlerie. Petit à petit, sa minable silhouette est devenue invisible dans la noirceur.

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