Critiques

Quatuor, de Anna Enquist

Sombre roman néerlandais qui réunit quatre instrumentistes à cordes dont la musique Enquistest un hobby libérateur à coté de leur carrière : luthier, médecin, infirmière et médiateur culturel. Un couple parmi eux, un divorcé avec sa petite fille, une mère de famille, leurs amitiés difficiles. Tout est raconté au présent de façon naturelle. On finit par les connaître de près, ils ont vécu des drames dans leur vie (comme l’auteure), leurs gestes sont ponctués de silence, et le grand talent de Enquist est de faire ressortir leurs caractère à chacun, surtout lorsque survient une tragédie : une femme forte, une autre bonne mais dangereusement naïve, un type peut-être lâche, l’autre opaque mais fort (les portraits de femmes sont mieux réussis). Et ce vieux professeur de violoncelle, physiquement faible, à peine autonome et caché chez lui, de peur que les services sociaux le forcent à aller en résidence, et grâce auquel un jeune Arabe découvre la musique classique.

On ne voit pas beaucoup Amsterdam en dehors de la couverture, mais on écoute longuement le Quatuor en ré mineur et les Dissonances de Mozart dans une péniche installée à demeure sur le bord d’un canal.

Le terminus du livre, c’est le thriller dans lequel ce récit intimiste à la Moderato cantabile se transforme dans les 50 dernières pages, qu’on tourne à toute vitesse, mais qui pour moi détonnent sur le reste, sur les deux forces du livre : 1 – ces longues explorations de l’âme de chacun, beaucoup plus poignantes que n’importe quel thriller (je suis zéro amateur de ces livres qu’on n’a jamais envie de relire, qui multiplient toujours les péripéties gratuitement), 2 – le tableau féroce de la bureaucratie néerlandaise et amstellodamoise (plusieurs paliers de réunion avant d’intervenir dans une situation où des vies sont en danger). On n’a pas envie de vivre là malgré les beaux canaux.

Enquist a tout un bagage : pianiste, romancière, psychanalyste. Dans une entrevue, elle a fait remarquer avec dépit que son roman n’a pas suscité le moindre débat aux Pays-Bas.

Échantillons des nombreuses remarques fines au fil des pages :

« Incapables de risquer un coup d’œil par-dessus les palissades qu’ils ont bâties au cours de leur vie… »

« Pendant le rinçage des cheveux, elle manque de replonger dans l’immobilité, mais parvient à se hisser jusqu’au réel en exécutant des gestes brusques. »

(ses enfants qui partent dans l’autobus scolaire pour une expédition dont on sait qu’elle va virer à la tragédie) « … j’avais déjà le dos à moitié tourné en leur disant au revoir de la main. Leur figure plaquée contre la vitre. Leurs bras en l’air ».

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