Critiques

Six romans

Il est assez rare que je lise les nouvelles parutions. J’ai regroupé ici les brèves critiques de livres que j’ai faites peu de temps après qu’ils sont parus, et que j’avais d’abord publiées séparément. Romans de M.O. Moutier, Michel Braudeau, Ayavi Lake, H.A. Sarori, Christine Daffe, Guillaume Bourque.

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Moutier 2

Journal d’un étudiant en histoire de l’art, de Maxime-Olivier Moutier

(oct. 2016) On s’amuse et on s’instruit à la fois dans le roman du psychanalyste Maxime-Olivier Moutier, dont l’action se passe autour d’un cours d’histoire de l’art que suit et nous fait suivre le narrateur à l’Université du Québec à Montréal. Il commence avec le fameux classique d’Ernst Gombrich, fait un détour du coté de l’Art paléochrétien et byzantin (où le narrateur a appris « 277 nouvelles choses »), nous parle des conséquences de la guerre de Trente Ans (1618-1648) dans le domaine de l’architecture, explique la nature du Baroque et se passionne pour les artistes actuels les plus culottés, à côté desquels Christo est un enfant de chœur.

Quelques discussions intéressantes en cours de route sur son maître Lacan, le malentendu entre Freud et les surréalistes, le mouvement Dada, Marcel Duchamp, la psychanalyse vs la psychologie. Les passages moins didactiques démontrent son esprit de synthèse, quand par exemple il ramasse dans une phrase les deux pôles de ses préoccupations : « J’ai appris à reconnaître les différences entre la maison de verre de Philip Johnson et celle de Mies van der Rohe, mais j’ai surtout appris, à force de travaux pratiques, que ce n’était pas du tout facile et évident d’avoir une maîtresse » (avec deux exemples convaincants).

Il est moins convaincant quand il dit s’être jeté « dans l’histoire de l’art parce qu’il s’agit d’abord et avant tout de me jeter quelque part ». Parce qu’il avoue plus loin que « la littérature en général, je m’en fiche. Je ne fais pas de la littérature, mais de l’art contemporain. L’écriture est un matériau, comme certains choisissent le fer, le bois, l’urbanisme ou les fines herbes ». Il a beau renchérir en affirmant que jamais « un écrivain est hot, ou fait quelque chose de fou » et que c’est aux artistes qu’il souhaite ressembler, en réalité il s’est jeté à la fois dans l’histoire de l’art et la littérature – de façon cavalièrement sympathique dans la seconde mais sans vraiment rien faire de fou.

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Braudeau

Place des Vosges, de Michel Braudeau

(mai 2017) Michel Braudeau raconte ses vingt ans au cœur de Paris dans la foulée de Mai 68. Hélas, le livre est superficiel, vantard, parsemé de name-dropping – l’appartement de Simenon était juste au-dessus du sien dans le Marais, il avait un copain qui est allé chez Mick Jagger, et maintenant voici Burroughs, Jean-Edern Hallier, Jean Cayrol, un célèbre telquellien, et ainsi de suite. L’effort de nomenclature est vaillant, mais la réflexion légère.

Braudeau se demandait un jour, dans sa chronique du Monde, si Patrick Modiano allait enfin finir par nous montrer ce qu’il avait dans le ventre. Celui de Braudeau lui-même reste un mystère opaque. C’est vrai qu’il était fort occupé, les plus belles filles lui tombaient toujours dans les bras (« Elle portait une paire de tennis roses, basses, menues, parfaites pour piétiner ce qu’il restait de raisonnable en moi. »). Il a la plume aiguisée, quoique un peu précieuse et trop visiblement travaillée :

« Un peu de sa banquise intérieure s’était adoucie. »

« Les mots que l’on désire et attend détestent les préparatifs » (ce qui laisse songeur ici).

« La plus mauvaise tactique pour un jeune célibataire de mon âge était de rechercher la sécurité, mère de l’angoisse » (pas loin du cliché).

Et tel un Proust désespéré il constate que « la vie et la mémoire m’ont joué quelques coups tordus, des pans entiers de souvenirs glissant dans un abîme invisible, entraînant des fêtes, des voyages, des maisons avec leurs occupants tous vivants aux fenêtres et me souriant, saluant de la main, dont je suis incapable de me rappeler le nom […] le travail du torchon de la mort déjà à l’œuvre dans la vie même ». En épigraphe, deux réflexions, de James Salter et d’André Breton (« Il doit y avoir quelque chose d’immense qui nous échappe. »). Épigraphes hors propos qui servent de références pour rehausser la valeur du reste, comme dans un cv. Peut-être qu’un des romans de Braudeau infirmerait ma mauvaise opinion ou me débarrasserait d’un préjugé. Sûrement pas son essai sur Six excentriques, où les portraits ont là aussi quelque chose facile.

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Souslov

La fille de Souslov, de Habib Abdulrab Sarori

(sept. 2017) C’est la guerre atroce que se livrent au Yémen l’Arabie saoudite et les Houthis qui m’a attiré vers ce roman : épidémie de choléra, destruction des centrales électriques, famine, suicides, enfants tués chaque jour, aucun salaire versé à personne depuis des mois – et impossibilité de migrer. Depuis les années 60, le pays a été divisé en une république marxiste au Sud et une arabe au Nord, les deux réunies en 1990 avec des espoirs de démocratie suivis de guerres civiles à répétition, tentatives de sécession, coups d’État, règnes de corruption, avant et après les mirages du printemps arabe de 2011, puis une révolution transformée en piège par les salafistes. Voilà où en est l’antique Royaume de Saba, la légendaire « Arabie heureuse », Aden où Rimbaud voulait mourir.

Sarori est un informaticien yéménite qui enseigne en France, où il voyageait déjà avec son amoureuse dans les années 60, alors marxiste enthousiaste qui ne manquait pas une Fête de l’Humanité, avant de se tasser vers le centre. Son narrateur perdra sa femme, enceinte, dans l’attentat terroriste au métro Saint-Michel en 1995.

On n’entend pas le bruit et la fureur de la guerre dans le roman, qui est bien tranquille, comme murmuré dans une atmosphère d’intimité, dans un style un peu suranné, entrecoupé d’extraits de pages Facebook, où la langue a toujours une résonance poétique et passe parfois carrément à la poésie. Il est agréable à lire, mais pas captivant. Reste que le seul fait que peu de livres du Yémen aient été traduits en français (6 paraît-il) rend l’œuvre intéressante en soi.

Les bouleversements qu’a connus le pays sont rappelés à travers la liaison torride du narrateur avec la fille d’un apparatchik du temps de la dictature marxiste qui a connu une dégringolade quand le pays est passé de Marx à Allah. Cette fille est une beauté absolue que le narrateur avait aperçue quand elle était adolescente dans une boutique d’Aden au milieu des années 70. Vingt ans plus tard, après la mort de sa femme, il est approché par une salafiste, autre femme d’une grande beauté, qui vient un jour se dévoiler devant lui à son hôtel : surprise, c’est la fille de Souslov, qu’il n’aurait jamais reconnue. Elle cache maintenant son passé derrière un nouveau nom et même un nouvel accent, celui des gens du Nord.

Sanaa 2

Une bonne partie du roman raconte comment, devenue une prédicatrice toute-puissante qui organise des manifs de femmes couvertes en noir de la tête aux pieds et scandant dans les rues les bienfaits de la charia, elle rejoint en secret notre héros à son hôtel après les manifs, tombe le niqab et le reste, et entre deux séances amoureuses, assise nue sur le lit, son Mac sur les genoux, envoie ses ordres aux militants via sa page Facebook. L’heureux amant la rencontrera ainsi 300 fois pendant 12 ans, avant de la quitter pendant le printemps yéménite alors qu’elle reste du côté des islamistes. On ne va pas lui reprocher de ne pas aimer ses compatriotes. Mais on peut reprocher au livre de finir en queue de poisson. La relation terminée, toutes ses pensées iront pendant quelque temps vers sa femme morte 15 ans plus tôt, jusqu’à sa rencontre avec une Chinoise qui l’introduira dans les dernières lignes à la sagesse orientale.

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Daffe

Les gammes, de Christine Daffe

(mars 2018) Ce roman audacieux est passé inaperçu à l’automne 2017 pour des raisons vite évidentes. C’est un récit narré tout en douceur, qui obéit néanmoins à la mécanique froide d’un polar, avec enquêteur, fausses pistes et tout, parce qu’il y a eu tentative de meurtre, bien que le genre ici soit purement accessoire – mais voilà, le sujet est sulfureux : la courte liaison entre une jeune fille de quatorze ans et son prof de musique dans la trentaine, et la reprise de leur relation dix-sept ans plus tard.

À sa parution il ne pouvait tomber plus mal, l’actualité étant toute occupée par #metoo. Peut-être les critiques ont-ils jugé bon de ne pas se mouiller. Sachez que le « méchant » sera puni, violemment, même s’il n’est pas entièrement « coupable » : les motifs de chacun sont finement explorés, sur un ton très juste. C’est une sorte de Crime et Châtiment suivi d’une rédemption amoureuse au lieu de spirituelle.

Le roman est ponctué de quelques passages forts, comme cette description de la solitude d’une jeune mélomane désœuvrée, venue écouter le concert d’un quatuor à cordes :

… elle est seule et elle se sent bien devant le kiosque à musique, du moins pour un certain temps avant le concert, ou jusqu’à ce que le public rassemblé commence à exercer son autorité habituelle, comme une seule voix – Tiens-toi droite, ne grimace pas comme ça, et c’est quoi ça, cette manie de mettre un pied sur l’autre, tu salis tes chaussures, etc. Bientôt pour Faustine, qu’il faut croire possédée, la notion même d’amour de la musique devient vague et discutable, et plus personne n’est là pour la musique, tout le monde est là pour participer au spectacle – se tenir droit, se montrer, faire le beau, etc. – et, dans ces circonstances, plus personne n’est à sa place, tout le monde fait semblant. Le ciel s’assombrit, l’éclipse est totale, on n’y comprend rien, on n’a pas la science, on n’a même pas la théologie, la vie, la mort, on s’en fout. Faustine, quatorze ans, est malade et à la dérive.

C’est donc une histoire peu conventionnelle d’abus sexuel. Le doigté de l’auteure lui permet de décrire avec tact et sensualité la scène intime qui va changer la vie de la jeune fille. Et même d’y mettre des touches d’humour, comme dans le portrait d’un policier candide, ébloui par la musique qui sort de partout autour du pavillon de musique de l’Université de Montréal. Le récit est rempli à ras bord de musique classique et contemporaine, plusieurs compositrices notamment sont convoquées (dont la rare Grazyna Bacewicz). La précision mathématique de l’auteure peut faire sourire, mais c’est une musicienne. Elle mesure tout :

– la distance en minutes et en mètres entre l’hôpital où repose la victime et l’Institut d’hôtellerie en face
– le nombre de pas entre la porte d’un immeuble et une voiture
– la longueur en cm de la table d’un café où dînent les amants, et de l’étui d’un violon
– la taille exacte des personnages, et ainsi de suite.

Le portrait vitriolique qu’elle brosse de la mère de Faustine est la nième preuve littéraire que Christine Angot se trompe quand elle dit que les romanciers doivent avoir de la compassion pour tous leurs personnages (ce principe faux lui a servi à descendre Houellebecq). Il faudrait demander aux filles du père Goriot, à Homais ou à mère Benoîte des Anges chez Michel Tremblay, entre autres, si d’après eux leurs créateurs éprouvaient de la sympathie à leur endroit.

Lake Le marabout

Le marabout, d’Ayavi Lake

(mars 2019) Joyeux roman, qui donne l’impression d’avoir été écrit exprès pour provoquer les bons soldats de la rectitude ou enrager n’importe quel identitaire de ne pouvoir en faire autant. La narratrice sénégalo-québécoise épingle avec désinvolture les  « immigrants qui n’embauchent que des immigrants » et se vante d’avoir bien joué son rôle de victime noire (« J’ai même un médecin de famille, faut le faire ! »). En bref c’est toute la question de l’identité et de l’immigration abordée de façon décomplexée, dans une sorte de festival d’appropriation culturelle.

Ça part dans tous les sens : sur le conseil d’un sikh, une bourgeoise d’origine saguenéenne qui habite maintenant le chic quartier d’Outremont à Montréal, émoustillée par l’exotisme du quartier multiethnique voisin, Parc-Extension, va y consulter un marabout africain, Bouba, dont les clientes paient le plus souvent en nature. Or Bouba s’est vu conférer par une chamane atikamekw le pouvoir de voler la peau et le sexe d’une personne de son choix, mais seulement deux fois. Après le paiement en question, madame se rend compte avec horreur qu’elle est devenue un homme noir, sauf que sa tignasse rousse ayant mal subi la transformation elle a maintenant l’air d’un orang-outang. De son côté, Bouba devenu femme blanche va pouvoir mieux s’intégrer à la société québécoise. Pas de veine, il a beau aller aux concerts de l’Orchestre symphonique de Montréal, suivre les séries télévisées, s’inscrire au Parti québécois, voir des pièces de théâtre jouées par des immigrants dans des salles remplies de gauchistes… la Blanche n’est plus tendance ; la mode est maintenant à la Noire et bientôt à l’Arabe. Mais Bouba a droit à un autre avatar. Il jettera son dévolu sur un policier raciste fini. Son intégration sera un succès, et il pourra jouer de la matraque contre les « Nèg’ » du quartier, puis devenir directeur de police et songer à une carrière politique.

La narratrice fait dérouler le Québec culturel en arrière-plan, de l’écrivain Yves Thériault à la chanteuse Pauline Julien, en passant le Nous québécois patiemment désiré et l’anthropologue Serge Bouchard, son idole. Certains « messages » sont trop appuyés, mais des saynètes disséminées au fil des pages passent assez bien. Assis sur un banc dans un parc, un ancien tirailleur africain raconte sa vie chaque jour devant un attroupement de curieux. Une femme le dessine : « Tous les jours, elle recommence son portrait et tous les jours, elle semble avoir dessiné un homme différent. » Ayavi Lake sait aussi raconter en quelques paragraphes le destin d’une adolescente noire de Chibougamau qui atterrit dans Parc-Extension et se prostitue. Ou celui d’une Sahélienne voilée qui a connu Jonquière, Salluit à la limite nord du Québec, les pow-wow et les caribous.

Le marabout a donné lieu à des critiques saugrenues. Sur un ton méprisant, Christian Desmeules dans Le Devoir a accusé le roman d’être bâclé ; la structure en est pourtant irréprochable. Une autre critique cocasse malgré elle a reproché au Marabout de manquer de « chair » – alors que la chair, il y en a tellement dedans que c’en est presque le personnage principal. Il faut voir ce petit livre comme un commentaire divertissant sur la situation de l’immigration au Québec. Mais le lecteur comprend au second degré que toute cette chair multicolore est bien triste.

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Photo Miville Tremblay

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Bourque

Lockdown, de Guillaume Bourque

(sept. 2019) Il y a du Douglas Kennedy chez Guillaume Bourque : l’action avance d’un pas dans chaque phrase d’un récit serré et bien ficelé. C’est un roman rapide comme une nouvelle, où tout doit se dérouler vite, comme le disait Paul Morand : « La nouvelle, c’est une nuit dans un motel américain ; vous recevez des mains du portier les clés du bungalow et du garage ; ensuite self-service. » Ici, on est dans un hôtel antillais, où séjournent les trois générations d’un clan familial en vacances, tous confinés à leur chambre pendant qu’une enquêteuse cherche à éclaircir une tentative de meurtre commise pendant la nuit. Bourque n’est pas après l’innovation formelle : il respecte les unités de temps, de lieu, d’action, et a préparé une chute dans les règles de l’art.

La rapidité caractérise aussi son style. Les échanges sont colorés, nets, crus, et leur réalisme est souligné à gros traits dans le cas des jeunes : « Tous les policiers pitchent peut-être le monde random dans leurs prisons creepy. » La langue sert toujours de cloison entre les générations, mais une série de flashbacks rappellent que ces cloisons ne sont que temporaires. Flashbacks qui ont aussi la vertu de ramener des époques emblématiques comme le rock des années 80 ou le printemps étudiant de 2012. Par bouts on assiste à une comédie de mœurs, mais tout le long une véritable comédie dramatique se développe, parce que le drame qui surgit à la fin est assez étourdissant.

Beaucoup de sexualité, mise en scène avec plus de précision que de sensualité. Les ébats sont tantôt durs, tantôt tristes quand le courant passe mal. Bourque a habilement décrit le passage d’un groupe de musique à Tout le monde en parle, qui portera à conséquence pour l’un des personnages, rocker de heavy métal dont la vie a été mise en charpie quand il a vu son frère cadet, qui l’admirait comme un dieu, transformé en légume devant lui dans un accident d’automobile, puis sa carrière brisée quand il sera ensuite expulsé du groupe. Le type est à la fois un lâche qui se défoulera violemment contre sa femme et un brave qui n’hésitera pas à se jeter sur des policiers en train d’arrêter son fils – même s’il n’est pas très fier de ce fils à l’identité sexuelle chancelante. Ces passages se dévorent à la grande cuiller, mais les personnages sont fort nombreux (plus d’une vingtaine) et plusieurs peuvent paraître stéréotypés par comparaison avec ces deux-là.

En regardant ces trois familles, on aurait envie de conclure par la formule : Familles, je vous hais, tellement la duplicité y règne, inoffensive chez les vieux, inquiétante quand elle couvre des obsessions pédophiles chez les moins vieux. Mais le roman ne se réduit pas à un portrait de la condition masculine. Presque tous les membres du clan, jusqu’aux enfants, sont empêtrés dans leur vie, chacun et chacune à sa manière. Quelques bons portraits sont tracés en parallèle, comme celui de l’animateur du spectacle à l’hôtel, anxieux de réussir sa performance que surveille un évaluateur du fond de la salle, parce qu’il a besoin du cachet pour rapatrier sa femme et son fils exilés en Haïti.

Pourquoi pas « Confinement », titre d’ailleurs du plus long chapitre ? « Lockdown » est accrocheur mais fait blockbuster américain, alors que ce qui ressort avant tout est le tableau social qui expose les vérités gênantes d’un monde de beaux-frères et de belles-sœurs façon actuelle, parents de milléniaux hyper branchés.

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